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En février 2009, nos expertes invitées étaient Janice Du Mont, EdD, chercheuse dans le Violence and Health Research Program au Women’s College Research Institute, et Sheila Macdonald, coordonnatrice provinciale de l’Ontario Network of Sexual Assault/Domestic Violence & Care Treatment Centres.

Voici leurs réponses à vos questions sur la violence faite aux femmes.


Q : Je soupçonne fortement que le chum d’une de mes amies abuse d’elle. Nous allons ensemble à un cours d’exercice une fois par semaine, et j’ai remarqué à plusieurs reprises qu’elle avait des bleus sur le haut de son corps. Comment puis-je aborder le sujet tout en lui montrant qu’elle a mon soutien ?

R : Il vaut mieux aborder le sujet quand vous êtes seule avec elle dans un lieu tranquille et quand vous avez le temps de l’écouter. Si elle avoue qu’elle est maltraitée par son conjoint, écoutez-la attentivement et offrez-lui votre soutien. Essayez aussi de prendre note des différences dans son comportement, son état émotionnel et ses interactions sociales. Même si les bleus peuvent être causés par des accidents (se cogner contre des objets, tomber, etc.), quand il y en a souvent sur le haut du corps, c’est moins typique des accidents. Faites savoir à votre amie que ses bleus vous préoccupent et que vous êtes inquiète pour elle.

Si elle avoue qu’elle subit des abus, encouragez-la à parler avec quelqu’un. L’Ontario compte 35 centres de traitement pour les victimes de violence familiale et d’agression sexuelle. Pour trouver le centre le plus proche de chez vous, visitez le www.satcontario.com.

Si elle vit en Ontario, votre amie peut appeler la ligne d’écoute provinciale 24 heures sur 24 au 1-866-863-0511. Elle risque de nier que son conjoint lui fait mal, mais au moins elle saura que vous êtes préoccupée pour elle et qu’elle a votre soutien. Beaucoup de femmes abusées hésitent à demander de l’aide à cause de la peur, de la honte ou de la gêne. Soyez disponible pour elle.

Note de la rédaction : Le site Shelternet.ca s’adresse aux femmes abusées vivant dans toutes les régions du Canada. La section Santé de A à Z du site Femmes en santé contient une base de données interrogeable qui vous aidera à trouver d’autres ressources.

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Q : Pourriez-vous m’expliquer la différence entre les termes violence conjugale et agression sexuelle ? Les gens semblent s’en servir de façon interchangeable, mais je ne connais pas vraiment la différence.

R : La violence conjugale – parfois appelée violence familiale – a lieu dans le contexte d’une relation intime. La violence peut être d’ordre physique, sexuel, émotionnel, financier et/ou spirituel. Même si les abus peuvent être commis à l’endroit des femmes ou des hommes, les femmes sont plus souvent victimes de violence conjugale et courent un risque plus élevé d’être gravement blessées ou tuées par leur conjoint.

Le terme agression sexuelle désigne généralement tout acte sexuel non désiré commis par une personne à l’endroit d’une autre. Il peut s’agir de toucher, de caresser, d’embrasser, de pénétrer (oralement, vaginalement ou analement) ou d’exploiter un rapport de confiance ou d’autorité pour obtenir des faveurs sexuelles. L’agression sexuelle peut se produire dans le contexte d’une relation intime aussi. Toute femme a le droit de refuser un acte sexuel, même si la personne qui l’exige est son époux ou son conjoint de fait.

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Q : Je suis une survivante de violence conjugale et je voudrais me joindre à un groupe de soutien. Pourriez-vous m’en recommander un dans la région de Toronto ?

R : Les groupes de soutien sont organisés par divers organismes et se réunissent à des heures différentes, donc vous devrez faire quelques recherches pour trouver celui qui répond à vos besoins. Composez le 211 pour obtenir une liste de services ou appelez la Assaulted Women’s Helpline au 1-866-863-0511. À Toronto, appelez le Sexual Assault/Domestic Violence Care and Treatment Centre du Women’s College Hospital, au 416-323-6040. Des groupes de soutien se réunissent également au Women’s Health Centre du St. Joseph’s Health Centre. Composez le 416-530-6850 pour en savoir plus.

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Q : J’ai une amie dont le conjoint abuse beaucoup d’elle, mais chaque fois que nous essayons de l’aider, elle prend parti pour lui et refuse de le dénoncer. Il lui fait mal souvent, puis le lendemain il essaie de se faire pardonner en lui achetant un cadeau ou des fleurs. Elle a appelé la police une fois, mais quand les officiers sont arrivés, elle a refusé d’intenter des poursuites. Que pouvons-nous faire pour l’aider ? Elle est avec cet homme depuis presque huit ans.

R : Il y a tellement de raisons pour lesquelles les femmes ont de la difficulté à quitter un conjoint abusif. Peut-être qu’elle veut bien que les sévices s’arrêtent, mais elle aime encore son conjoint et, chaque fois qu’il lui demande pardon (en lui promettant de ne plus jamais recommencer), elle espère que cette fois il tiendra promesse. Certaines femmes restent à cause de la peur (peut-être qu’il lui a fait des menaces), de la honte, de préoccupations d’ordre financier (où vivre et comment subvenir aux besoins de ses enfants ?) ou encore d’un manque de soutien. On entend assez souvent les femmes minimiser l’abus en disant : « C’est n’est pas si pire, c’est un bon mari et un bon père. » Vous devez rester en contact avec elle et lui offrir votre soutien sans porter de jugement. Encouragez-la à parler de sa situation avec un professionnel, tel qu’une conseillère, une infirmière ou son médecin de famille. Essayez de lui faire comprendre que le comportement de son conjoint n’est pas acceptable.

N’oubliez pas que si votre amie décide de partir, cela pourrait être dangereux pour elle et le risque de violence pourrait augmenter.

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Q : Avez-vous des statistiques sur l’incidence des agressions sexuelles à l’endroit des femmes d’âge universitaire en Ontario ? Je sais que ces chiffres sont très difficiles à réunir.

R : Il existe peu de données statistiques sur le nombre d’agressions sexuelles commises à l’endroit de femmes d’âge universitaire en Ontario.

Selon Statistique Canada :

« Quantifier les agressions sexuelles demeure difficile, car la grande majorité (91 %) des crimes de cette nature ne sont pas signalés à la police. Selon les données sur la victimisation autodéclarée dans le cadre de l’ESG [Enquête sociale générale] de 2004, quelque 512 200 Canadiens de 15 ans et plus ont été victimes d’une agression sexuelle au cours des 12 mois ayant précédé la tenue de l’enquête. L’ESG de 2004 a permis de dénombrer, sous forme de taux, 1 977 affaires d’agression sexuelle pour 100 000 personnes de 15 ans et plus. »

Selon le Programme de déclaration uniforme de la criminalité (2007), pour chaque tranche de 100 000 personnes, 61 infractions d’ordre sexuel ont été signalées à la police en Ontario.

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Q : Existe-t-il des moyens normalisés d’évaluer les actes de violence psychologique commis à l’endroit des femmes ?

R : Il existe plusieurs outils dont on peut se servir pour évaluer l’intensité des abus psychologiques, telle la Multidimensional Measure of Emotional Abuse (mesure multidimensionnelle de l’abus émotionnel). Les objectifs, les groupes ciblés, les caractéristiques et les propriétés psychométriques de ces outils sont résumés dans le site Web des Centers for Disease Prevention and Control des États-Unis.

Les outils eux-mêmes se trouvent sur le site aussi (en anglais seulement).

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Q : J’ai une amie dont le mari lui fait subir – ainsi qu’à ses deux enfants – des abus d’ordre psychologique et émotionnel. Comment lui faire comprendre que ces abus auront un impact énorme sur ses enfants plus tard dans la vie si on ne les sort pas de ce milieu ?

R : Vous devez soutenir votre amie tout en exprimant franchement vos préoccupations pour le bien-être de ses enfants. Ses enfants vivent dans un milieu dangereux et malsain. Encouragez votre amie à parler à un professionnel de ses options et des ressources à sa disposition. Elle pourrait avoir besoin de consulter un avocat au sujet de sa situation financière, de la garde des enfants et d’autres questions d’ordre juridique.

Toute personne qui soupçonne qu’un enfant subit des abus (y compris des abus émotionnels) a une obligation d’aviser la société de protection des enfants locale. Autrement dit, vous êtes obligée de faire connaître vos préoccupations aux autorités.

Pour en savoir plus sur l’impact des mauvais traitements sur les enfants, visitez le site Web de l’Agence de la santé publique du Canada.

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Q : Y a-t-il des facteurs – tels que l’âge d’une femme, sa dépendance financière à l’égard de son conjoint ou son état de santé – qui ont une incidence sur son risque d’être victime de violence ou sur la nature des sévices qu’elle est susceptible de subir ?

R : N’importe qui peut être victime d’abus, sans égard à ses aptitudes, son statut socioéconomique ou son âge. Toutefois, certaines recherches suggèrent qu’il existe des facteurs qui pourraient accroître le risque qu’une femme soit victime de violence conjugale. Par exemple, une étude canadienne réalisée en 2007 et publiée dans le Journal of Interpersonal Violence a découvert un lien entre les facteurs suivants et un risque accru de violence conjugale : un jeune âge, le fait d’être divorcée, séparée ou célibataire, la présence d’enfants dans le ménage et un pauvre état de santé physique (selon sa propre évaluation).

Selon une étude américaine menée en 2002 et publiée dans l’American Journal of Preventive Medicine, les femmes jeunes, célibataires, divorcées ou séparées et celles vivant dans un ménage dont le revenu annuel est inférieur à 25 000 $ courent un risque accru d’être victimes de violence conjugale.

Dans son livre récent intitulé Violence Against Women: An International Perspective, l’auteure Holly Johnson consacre un chapitre entier aux facteurs susceptibles d’être liés à la violence (l’âge, l’état matrimonial, la consommation d’alcool, un partenaire dominant et le fait d’avoir été témoin de violence durant sa vie).

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Q : Existe-t-il des recherches canadiennes sur la corrélation entre la violence conjugale et la perpétuation du harcèlement par le biais du système juridique ? Je suis une survivante de violence conjugale, et mon ex-mari se sert encore du système juridique pour me victimiser près de 20 ans après que je me suis enfuie sous protection policière.

R : Une récente étude canadienne publiée dans le Journal of Interpersonal Violence a abordé la question de la violence conjugale post-séparation en dehors des litiges concernant la garde d’enfants, mais je ne connais aucune étude qui a examiné le système juridique comme moyen de perpétuer le harcèlement de la victime.

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Q : Quel genre de formation, le cas échéant, les juges doivent-ils suivre pour entendre le procès d’une personne accusée de violence conjugale ?

R : En Ontario, on ne peut obliger les juges à suivre une formation sur la violence conjugale.

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Q : En quelle année le syndrome de la femme battue a-t-il été invoqué comme motif de défense pour la première fois au
Canada ?

R : L’information disponible sur Internet est contradictoire. Selon Wikipedia, l’encyclopédie gratuite (qui cite plusieurs sources), Angelina Napolitano fut la première femme au Canada à invoquer le syndrome de la femme battue comme motif de défense pour un cas de meurtre. Angelina, une immigrante âgée de 28 ans, a tué son mari abusif en 1911 après qu’il eut essayé de la contraindre à se prostituer.

Selon la Direction de la recherche parlementaire du gouvernement du Canada, la Cour suprême du Canada a accepté le « syndrome de la femme battue » comme un motif de défense légitime pour le meurtre dans l’affaire Lavallée. Le 30 août 1986, Angélique Lavallée a tiré sur son conjoint de fait après avoir enduré plusieurs années d’abus.

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Q : Lorsqu’un mari traumatise sa femme à la maison, qu’il fait constamment des méchancetés, qu’il refuse d’apprécier les bonnes choses que sa femme fait pour lui et qu’il préfère chercher du plaisir auprès d’autres femmes, peut-on appeler cela de la violence ?

R : Il est difficile de savoir ce que vous entendez exactement par
« traumatiser ». Il reste qu’un conjoint peut tenter par de nombreux moyens de contrôler sa conjointe et d’accaparer le pouvoir au sein de leur relation. D’après votre description, je dirais bien que votre conjoint vous fait subir des abus d’ordre émotionnel et psychologique. Visitez le site Web Shelternet (en anglais) pour en apprendre plus sur les différents types d’abus.

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